Le 5 octobre 2019 à Aubenas, s’est déroulée la journée diocésaine de l’Enseignement catholique. A cette occasion, Mgr Jean-Louis Balsa, évêque de Viviers, a signé le nouveau projet diocésain “Une école à partager” et le nouveau projet pastoral diocésain “Ils étaient assidus à…”.

Discours aux directeurs et personnels de l’Enseignement catholique diocésain de Mgr Jean-Louis Balsa, évêque de Viviers

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Vous tous membres de l’Enseignement catholique de l’Ardèche, directeurs, membres du corps enseignant, personnels éducatifs, personnels travaillant dans les établissements au niveau matériel ou administratif, adjoints en pastorale scolaire.

Par les paroles que nous Dieu vient de nous adresser par la lettre de Saint Paul aux Colossiens en Grèce, Dieu vient de nous redire le cœur même du projet de l’Enseignement catholique de notre Ardèche, et plus largement le cœur même de l’Enseignement catholique en France. S’agit-il que la philosophie, la littérature, les mathématiques, la physique, l’histoire, la géographie, les sciences de l’homme, les langues étrangères, les arts, les sports ne soient pas les mêmes que dans l’Enseignement laïque ? Non : 2+2 feront toujours 4, ou les lois de la physique seront toujours les mêmes que ce soit dans l’Enseignement catholique ou dans l’Enseignement laïque. De même que tous les autres enseignements seront les mêmes dans l’Enseignement catholique et dans l’Enseignement laïque. De même que la propreté de l’établissement ou la qualité de la nourriture seront les mêmes que dans l’Enseignement laïque.

C’est pourquoi, la République française reconnaît à l’Église catholique le droit d’éduquer les jeunes que les parents leur confient, et a établi un contrat avec l’Église catholique.

Cependant, la différence que nous vivons dans l‘Enseignement catholique est, « le combat (je reprends ici les mots de Saint Paul), pour que le cœur des jeunes soit rempli de courage, pour que les jeunes soient rassemblés dans l’amour, qu’ils accèdent à la plénitude de l’intelligence dans toute sa richesse, et à la vraie connaissance du mystère de Dieu ». (Col 2, 2-9).

Le projet diocésain que je promulgue et signe devant vous, votre projet, est la traduction des mots que Dieu vient de nous adresser par Saint Paul.

Le cœur du projet de l’Enseignement catholique de l’Ardèche s’articule ainsi en deux dimensions inséparables, et pourtant distinctes : accéder à la plénitude de l’intelligence dans toute sa richesse et accéder à la vraie connaissance du mystère de Dieu. L’une ne va pas sans l’autre. C’est l’originalité de l’Enseignement catholique. Tout ce qui est enseigné doit permettre aux jeunes de manière implicite d’accéder à la vraie connaissance du mystère de Dieu. Parce que dans l’Enseignement catholique nous croyons que tout est lié, tout a un sens qui réside dans une unique source : le mystère de Dieu.

Nous savons lorsque nous regardons le XXème siècle que l’éclatement du sens qui nous lie les uns aux autres a consisté de manière ultime en la négation de Dieu, ouvrant à la négation de l’homme.

Pour ne reprendre que de sinistres exemples historiques, tellement inimaginables, mais pourtant si réels :

  • Le Marxisme dès son avènement historique en Russie en 1917, Lénine et ses successeurs ont repris les thèses de Marx et de Engels niant l’existence d’un Dieu au profit de la dictature du prolétariat, et a réduit des millions d’hommes et de femmes en esclavage les menant à la mort.
  • Le National socialisme théorisé par Adolf Hitler en 1925, a affirmé le surhomme, incarné par les peuples germaniques, en niant dans Mein Kampf l’existence de Dieu au profit d’un chef unique, d’une « race germanique » unique, au dessus desquels il n’y a rien. Cette négation de Dieu a ouvert la porte à non seulement la déportation de 5000 prêtres, pasteurs et chrétiens allemands résistants dans l’ombre, mais aussi à l’extermination des Juifs dont l’identité ultime avait été d’être fidèles à leur Dieu depuis la nuit des temps.
  • Et que dire aujourd’hui des multiples formes de capitalisme qui asservissent l’homme par les lois du marché où les hommes ne sont plus que des pions sans Dieu, poussés à un sauve-qui-peut individuel, et que le Pape François dénonce dans son Encyclique Laudato Sì, appelant à une écologie intégrale de l’Homme ?
  • Et tellement d’autres exemples pourraient être donnés quand Dieu est éliminé de la conscience humaine, par les nouvelles techniques, par les sciences.

Ce n’est pas ce que nous voulons dans l’Enseignement catholique. Suffirait-il alors d’introduire subrepticement l’affirmation de Dieu pour que tout aille bien : je dis non. Prononcer le nom de Dieu est aussi dangereux que de le nier.

Il suffit de penser encore à l’histoire ancienne et récente :

  • Nous savons comment le nom de Dieu a été manipulé lorsqu’il s’est agi de partir en croisade pour des raisons qui n’avaient rien de religieux. Et des croisades de tous bords.
  • Nous savons comment aujourd’hui le nom de Dieu est manipulé sous couvert de religion, depuis son inscription sur le billet du dollar « In God we trust» ou par toutes sortes d’extrémistes qui brandissent le nom de Dieu pour justifier leurs atrocités et leurs monstruosités, alors qu’il s’agit en réalité d’affrontements pour des leaderships culturels et politiques pour le contrôle de l’énergie et des ressources de la planète.

Ce n’est pas ce que nous voulons dans l’Enseignement catholique. Tout cela, négation de l’existence de Dieu ou manipulation du nom de Dieu aboutit à la misère humaine.

C’est pourquoi par ce que je vais promulguer, l’Enseignement catholique de l’Ardèche a pris très au sérieux l’enseignement de Saint Paul que nous venons d’entendre : « Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ ». Oui, dans l’Enseignement catholique, nous fondons sur le Christ toute l’éducation que nous donnons aux jeunes, parce que je cite toujours Saint Paul, « le mystère de Dieu, c’est le Christ, en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance ».

Dans l’Enseignement catholique, nous savons que seul Jésus-Christ est le véritable et le seul modèle de l’être humain, totalement tourné vers les hommes et les femmes, totalement tourné vers Dieu, lui-même véritablement homme, lui-même véritablement Dieu. Saint Paul dit encore : « En lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité ».

C’est ce que nous voulons proposer aux jeunes que nous éduquons : la rencontre possible et salutaire de Jésus-Christ pour qu’ils s’identifient à lui et réussissent leur vie comme il a lui-même réussi la sienne en étant totalement tournés vers Dieu, totalement tournés vers les autres, et en particulier les plus pauvres.

C’est pourquoi je signe aujourd’hui le projet pastoral diocésain qui est « ancré dans la Parole de Dieu » dont les directeurs sont les garants en ayant été nommés par l’évêque selon les statuts nationaux de l’Enseignement catholique. Ce projet pastoral diocésain permet aux jeunes d’avoir la possibilité de rencontrer pleinement et explicitement Jésus-Christ pour former une communauté chrétienne fraternelle, qui prie, célèbre et s’engage pour les pauvres à la manière de Jésus-Christ et « accèdent ainsi à la vrai connaissance du mystère de Dieu ».

Ensuite, je signe aujourd’hui le projet pédagogique : « Une école à partager », qui permet aux les jeunes, venant de tous les horizons, de toutes origines, sociales, religieuses, culturelles, géographiques, et y compris les chrétiens bien sûr,- que tous les jeunes donc- « puissent accéder à la plénitude de l’intelligence dans toute sa richesse ».

Ce projet pédagogique permet aux jeunes qui ne professent pas la foi chrétienne de bénéficier implicitement de l’Esprit du Christ.

Ces deux projets n’en font qu’un et dessinent l’Enseignement catholique comme un laboratoire d’une société où la fraternité est totalement affirmée comme le stipule la devise de la République française en en faisant des citoyens. Mais se souvenant aussi de l’assassinat d’Abel par son frère Caïn, l’Enseignement catholique affirme l’existence de Dieu comme le seul Père qui créé la vraie fraternité, celle dont nous parle Jésus-Christ, notre frère et qui fait de nous de véritables êtres humains.

Je vous remercie de vous être tous engagés dans l’Enseignement catholique, et dans cette identité, de la belle ambition que vous portez pour les jeunes.

+ Jean-Louis BALSA
Évêque de Viviers

Le 5 octobre 2019 à Aubenas