Exposition St Charles de Foucauld
(Maison diocésaine Charles de Foucauld à Viviers 07)

La frise chronologique :
La frise montre les étapes importantes de la vie de Charles de Foucauld et des dates historiques concernant sa vie.
S’inspirant du livret : La vie de Charles de Foucauld (Edition Signe), l’artiste a représenté différents moments de la vie de Charles.

Le parcours de la vie de frère Charles
est évoqué, de manière suggestive, par des « cris » :

LE CRI DE L’INQUIÉTUDE

Je m’éloignais, je m’éloignais de plus en plus de vous, mon Seigneur et ma vie… et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt était déjà une mort à vos yeux… Et dans cet état de mort vous me conserviez encore : vous conserviez dans mon âme les souvenirs du passé, l’estime du bien, l’attachement dormant comme un feu sous la cendre, mais existant toujours, à certaines belles et pieuses âmes, le respect de la religion catholique et des religieux: toute foi avait disparu, mais le respect et l’estime étaient intacts…

Vous me faisiez d’autres grâces, mon Dieu vous me conserviez le goût de l’étude, des lectures sérieuses, des belles choses, le dégoût du vice et de la laideur… Je faisais le mal, mais je ne l’approuvais ni ne l’aimais…

Vous me faisiez sentir une tristesse profonde, un vide douloureux, une tristesse que je n’ai jamais éprouvée qu’alors… elle me revenait chaque soir lorsque je me trouvais seul dans mon appartement… elle me tenait muet et accablé pendant ce qu’on appelle les fêtes: je les organisais, mais le moment venu, je les passais dans un mutisme, un dégoût, un ennui infinis…

Vous me donniez cette inquiétude vague d’une conscience mauvaise, qui toute endormie qu’elle est n’est pas tout à fait morte et cela suffisait pour me mettre dans un malaise qui empoisonnait ma vie… je n’ai jamais senti cette tristesse, ce malaise, cette inquiétude qu’alors, mon Dieu… c’était un don de vous…

Comme j’étais loin de m’en douter!..

Que vous êtes bon!..

 

La dernière place,
Retraite à Nazareth (1897)
Charles de Foucauld

LE CRI DE DIEU

Trappe de Notre-Dame-des-Neiges, par La Bastide (Lozère),
8 juillet 1901

Mon cher Ami,

Combien je suis touché de votre si affectueuse lettre!… Merci mille fois de votre amitié si fidèle et si précieuse! Merci aussi des renseignements que vous me donnez et des dé­marches que vous m’offrez de faire… Je vous en suis reconnaissant de tout mon cœur…

Oui, vous avez raison, l’Islam a produit en moi un profond bouleversement… la vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la conti nuelle présence de Dieu, m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines: « ad majora nati sumus »… Je me suis mis à étudier l’Is­lam, puis la Bible, et la grâce de Dieu agissant, la foi de mon enfance s’est trouvée affermie et renouvelée…

Je ne puis assez rendre de grâces à Dieu: ma vie s’écoule dans une gra­ttitude et un ravissement ininterrompus: oui, cher ami, vous avez raison, Dieu m’a donné cette meilleure part dont je suis infiniment indigne: je voudrais que vous sachiez com­bien je suis heureux: je n’ai point cherché le bonheur, je croyais en entrant au couvent ne trouver que la Croix, et je l’embrassais avec joie pour suivre le bien-aimé Jésus: mais tout en la trouvant (sans elle, la vie ne serait pas complète, car on ne ressemblerait pas au Bien-aimé) j’ai trouvé tant de délices que les dou­leurs mêmes, font verser des larmes de joie […]

Nous ne lisons pas de livres profanes: mais votre livre n’est pas un livre profane: en m’ap­prenant à mieux connaître les Musulmans que j’aime de tout mon cœur, il me rendra plus capable de leur faire du bien, ce qui est mon si ardent désir: je serai donc très heureux et reconnaissant que vous me l’envoyiez et je le lirai avec le plus grand soin.

Vous avez parfaitement compris ce que je  voudrais: établir une zaouïa de prière et  d’hospitalité entre Aïn Sefra et le Gourara,  pour faire rayonner l’Évangile, la Vérité, la  Charité, Jésus. […]

Je fais en ce moment les démarches auprès des Pères Blancs dont dépend cette région; je ne puis m’y établir sans leur autorisation. Dès que j’aurai obtenu de ce côté les permissions nécessaires, je vous écrirai longuement pour vous demander vos conseils et votre appui, que vous m’offrez avec tant de bonté, et dont j’userai largement.

Merci encore, et daignez croire au profond respect et au profond dévouement de Votre humble serviteur en Notre Seigneur Jésus.

Charles de Jésus.

Lettres à Henry de Castries,
Charles de Foucauld

LE CRI DE NAZARETH

Beni Abbés, 7 mars 1902
Fraternité du Sacré-Cœur de Jésus
Beni Abbés

Mon bien cher ami, ami des premières années et de toutes les années, j’ai été longtemps sans t’écrire et jamais sans penser à toi comme jamais sans t’aimer… Tu es resté « l’ami » et, si j’ose me servir d’une parole de Notre Seigneur JÉSUS « ta part ne t’a pas été ôtée ».

Depuis ma dernière lettre, datée de Rome, j’ai passé quatre ans ermite en Terre Sainte, vivant du travail de mes mains comme JÉSUS sous le nom de « frère Charles », inconnu de tous et pauvre et jouissant profondément de l’obscurité, du silence, de la pauvreté, de l’imitation de JÉSUS — l’imitation est inséparable de l’amour, tu le sais, quiconque aime veut imiter : c’est le secret de ma vie : j’ai perdu mon cœur pour ce JÉSUS de Nazareth crucifié il y a 1900 ans et je passe ma vie à chercher à l’imiter autant que le peut ma faiblesse. — Puis j’ai été passer un an dans un couvent à étudier, et j’y ai reçu les Saints Ordres. Prêtre depuis le mois de juin dernier, je me suis senti appelé aussitôt à aller aux « brebis perdues », aux plus perdues, aux âmes les plus abandonnées, les plus délaissées, afin d’accomplir envers elles ce devoir de l’amour, commandement suprême de JÉSUS « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, c’est à cela qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. »

[…] J’ai demandé et obtenu la permission de venir à Beni Abbés, petite oasis du Sahara algérien sur les confins du Maroc, et d’y vivre en solitaire, en moine cloîtré, tâchant de me sanctifier et de conduire les autres âmes à JÉSUS non par la parole ni la prédication mais par la bonté, la prière, la pénitence, l’exemple de la vie évangélique, surtout par la présence du T.S. Sacrement…

Cher ami, si ton cœur te disait de me faire une visite, tu sais avec quel bonheur je t’embrasserai et partagerai avec toi la cellule : on te servira le plus beau pain d’orge et les plus belles dattes, et on causera du passé, du présent plus doux encore, et de l’avenir encore plus suave… Je suis heureux, très heureux, extrêmement heureux, bien que je ne cherche en rien le bonheur, depuis bien des années.

Cher ami, je t’ai dit tout ce qui me concerne; j’ajoute que ma sœur va bien; elle est très bien mariée, à un mari excellent, et a 7 enfants dont 6 vivants sur la terre et bien portants, et un vivant au ciel de la vie véritable dont celle-ci n’est que le prélude.

Donne-moi de tes nouvelles et des nouvelles de tous les tiens, cher ami; tu sais quelle vénération j’ai pour ton cher et excellent père : présente-lui mes plus profonds respects ; embrasse de ma part Toto et prie-le de me pardonner l’énorme liberté que je prends de l’appeler de ce nom. Mes humbles respects à ta sœur.

Ton vieil ami qui t’aime de tout son cœur dans le CŒUR de JÉSUS.

Charles de Jésus

 

« Lettres à un ami de lycée »
Correspondance avec Gabriel Tourdes (1874-1915)
Charles de Foucauld

LE CRI POUR L’AMOUR DE DIEU ET DES HOMMES

Notre Dame des Neiges, 17 juillet (1901)

Mon très cher Père, (au Père Jérôme)

Quelle joie c’est pour moi de vous écrire après ce long silence […]

J’écris longuement au P. Henri; je le prie de vous montrer ce que je lui écris, vous y verrez la vie de mon âme, mes désirs, mes projets, ce que je crois mon devoir de faire, malgré mon indignité et mon impuissance. Si je comptais sur moi, mes désirs seraient insensés, mais je compte sur Dieu qui nous a dit: […] « Aimez votre prochain comme vous-même, faites à autrui ce que vous voudriez qu’on vous fasse ». Il ne m’est pas possible de pratiquer le précepte de la charité fraternelle sans consacrer ma vie à faire tout le bien possible à ces frères de Jésus à qui tout manque puisque Jésus leur manque.

[…] Ce que je voudrais pour moi, je dois le faire pour les autres: « Fais ce que tu veux qu’on te fasse », et je dois le faire pour les plus délaissés, pour les plus abandonnés, aller aux brebis les plus perdues, offrir mon festin, mon banquet divin, non à mes frères, ni à mes voisins riches (riches de la connaissance de tout ce que ces malheureux ne connaissent pas), mais à ces aveugles, à ces mendiants, à ces estropiés, mille fois plus à plaindre que ceux qui ne souffrent que de leur corps. Et je ne crois pas pouvoir leur faire de plus grand bien que celui de leur apporter, comme Marie dans la maison de Jean, lors de la Visitation, Jésus, le bien des biens : […] et en même temps, tout en se taisant on ferait connaître à ces frères ignorants, non par la parole, mais par l’exemple et surtout par l’universelle charité, ce qu’est notre religion, ce qu’est l’esprit chrétien, ce qu’est le CŒUR de JÉSUS.

Priez pour moi, mon bien cher Père: vous voyez à quel point votre indigne frère en JÉSUS a besoin de vos prières; il compte sur elles; et vous depuis ma première Messe jusqu’à la dernière de ma vie, vous serez toujours dans mon mémento. J’ai été ordonné prêtre le 9 juin, et j’ai dit ma première Messe le lendemain. Et vous, où en êtes-vous des études et des Ordres? Vous avez, sans doute fait vos vœux solennels il y a un an; et le sous-diaconat a probablement suivi. Donnez-moi longuement de vos nouvelles, mon si cher Père, vous sentez combien elles me seront douces, après ce long silence qui m’a coûté: il me sera doux de revoir votre écriture.

[…] Priez pour moi afin que je me perde en JÉSUS avec sainte Magdeleine et saint Jean-Baptiste et surtout la sainte Vierge et saint Joseph, et je demanderai la même chose pour vous, mon si cher frère en JÉSUS. Oh! Puissions-nous nous perdre et nous abîmer jusqu’à la mort dans l’océan de l’Amour de notre Bien-Aimé JÉSUS ! Amen.

Votre humble frère qui vous aime religieusement dans le CŒUR SACRE DE JÉSUS,

Charles de Jésus

« Cette Chère dernière place ».
Lettres aux frères de la Trappe
Charles de Foucauld

LE CRI DES DERNIERS DES DERNIERS

Iseken (Ifetessen), entre In Amedjel et In Salah,
17 juin 04

Mon bien cher ami,

Pardonnez mon papier, mon griffonnage et mon long silence… Votre lettre du 4 avril m’arrive il y a 3 jours — 1er courrier depuis 3 mois. —

[…] La situation des oasis a beaucoup changé depuis que le Comdt Laperrine en est commandant supérieur. Laperrine, très intelligent, très actif, d’une indépendance de caractère et d’un désintéressement absolus, a rapidement mis les oasis en plein progrès, réelle prospérité, et par un mélange de force employée avec justice, de constante loyauté et de grande douceur, il a obtenu il y a un an et demi la soumission des Taitok, celle des Iforas, celle des Hoggar…

Ces trois grandes fractions, la moitié des Touareg, sont soumises, mais il reste à les apprivoiser, à faire tomber leur défiance, disparaître leurs préjugés contre nous;… nous faire connaître, estimer, aimer d’eux, leur prouver que nous les aimons, éta­blir la fraternité entre eux et nous, voilà ce qui reste à faire…

J’ai demandé à Laperrine, mon vieil ami, mon vieux camarade, (nous avons été sous-lieutenants ensemble), la permission de travailler à cette œuvre de fraternisation, il me l’a permis, et je suis là depuis quatre mois…

Causer, donner des médicaments, des aumônes, l’hospitalité du campement, se montrer frères, répéter que nous sommes tous frères en Dieu et que nous espérons être tous un jour dans le même ciel, prier pour les Touareg de tout mon cœur, voici ma vie…

De géographie, d’exploration, je ne fais pas l’ombre; je me laisse porter comme par une voiture, ce n’est pas non plus une évangélisation proprement dite, je n’en suis ni digne, ni capable et l’heure n’est pas venue; c’est le travail préparatoire à l’évangélisation, la mise en confiance, en amitié, apprivoisement, fraternisation, chez les Hoggar et les Taitok. […]

Priez, cher ami, pour que Jésus bénisse l’œuvre de son misérable ouvrier…

D’ici comme de partout, je pense à vous, suis avec vous, prie pour vous de tout mon cœur, comme je vous suis dévoué de tout mon cœur dans le Cœur de Jésus.

Charles de Jésus

Lettres à Henry de Castries,
Charles de Foucauld

LE CRI DE L’ABANDON EN DIEU

« Lettre de Moussa ag Amastane à Mme de Blic.

— Louange à Dieu unique !

« A la seigneurie de notre amie Marie,

la sœur de Charles notre marabout,

que les traîtres et trompeurs, les gens d’Azdjer, ont assassiné,

de la part du Tebeul Moussa ag Amastane, aménokal du Hoggar.

Que le salut soit beaucoup sur notre amie Marie la dénommée !

Dès que j’ai appris la mort de notre ami, votre frère Charles,

mes yeux se sont fermés ; tout est sombre pour moi ;

j’ai pleuré et j’ai versé beaucoup de larmes,

et je suis en grand deuil. Sa mort m’a fait beaucoup de peine.

« Moi je suis loin de l’endroit où les traîtres voleurs et trompeurs l’ont tué,

c’est-à-dire, ils l’ont tué en Ahaggar, et moi je suis en Adrar,

mais, s’il plaît à Dieu, les gens qui ont tué le marabout,

nous les tuerons jusqu’à ce que nous ayons accompli notre vengeance.

« Donnez le bonjour de ma part à vos filles,

votre mari et tous vos amis, et dites-leur :

Charles le marabout n’est pas mort que pour vous autres seuls,

il est mort aussi pour nous tous.

Que Dieu lui donne la miséricorde,

et que nous nous rencontrions avec lui au paradis !

Le 20 de safar 1335 (le 13 décembre 1916).

Traduit à Fort-Motylinski, le 25 décembre 1916. »

Charles de Foucauld.
Explorateur du Maroc, ermite du Sahara
René Bazin